Juan Massenya, un regard authentique sur les quartiers populaires

Journaliste, animateur, réalisateur et producteur, Juan Massenya est un touche-à-tout dans le milieu de l’audiovisuel. Aussi à l’aise sur les ondes que sur antenne, il a animé plusieurs émissions dédiées à la musique et à la culture urbaine comme Teum-teum (France 5) ou Radio Vinyle (France Ô et Mouv’). Durant toute sa carrière il a nourri une proximité forte avec la ville de Chanteloup-les-Vignes où il a passé son enfance et sa jeunesse. Ce lien, qui transparaît tout particulièrement dans son film Banlieusards, 40 ans à Chanteloup-les-Vignes (2014), servira de fil d’Ariane à son nouveau projet de série Stone qui sera tourné dans notre commune. Interview.

Infoloup : Votre prochain tournage sur la commune, dont le scénario est en cours d’écriture, prendra la forme d’une série. Pouvez-vous nous en parler ?

Juan Massenya : Le projet sur lequel je travaille, en coproduction avec Richard Koné et Xavier Pujade-Lauraine, est une série de fiction qui s’intitule Stone. Il s’agit d’une fresque sociale d’anticipation qui aura pour cadre la ville de Chanteloup-les-Vignes et, plus largement, les quartiers populaires français. L’objectif est d’aborder tous les enjeux humains, culturels et politiques auxquels nos quartiers sont confrontés.

Infoloup : Pourquoi avoir choisi Chanteloup-les-Vignes ?

J.M. : à Chanteloup-les-Vignes, nous avons très souvent vécu les révolutions (culturelles, politiques, économiques, etc.) plus tôt et plus fortement. C’est ce qui fait que les habitants et les équipes municipales ont souvent été obligés de trouver de nouvelles façons de faire et de repenser la place du citoyen dans l’espace public. C’est justement ça que voulons montrer dans cette série : cette population qui, à défaut de pouvoir compter sur une aide extérieure, décide de s’organiser pour faire avancer les choses. Par ailleurs, le genre de l’anticipation nous donne la liberté de pousser assez loin la réflexion, en invitant le spectateur à se projeter dans les enjeux que nous décrivons. Ce que nous voulons, c’est parler « autrement » des quartiers à travers le filtre de l’intelligence, de l’esprit d’entreprise ou encore de la solidarité des habitants. 

Infoloup : Comment ce projet est-il né ?

J.M. : Avec Richard Koné, nous partageons la même indignation : nous n’acceptons pas que notre culture, celle des quartiers, soit systématiquement abordée de manière négative dans les médias. Il y a certes des problèmes dans les cités mais il y a aussi une jeunesse, une énergie et une proximité entre les gens qui rend ces territoires très attachants. Forts de ce constat, nous avons décidé de raconter une autre histoire de la banlieue qui offre aux jeunes une représentation plus juste de ce qu’ils sont, de ce qu’ils font et ce qu’ils peuvent devenir. Nous avons donc posé les bases d’un scénario et nous sommes mis en quête d’un réalisateur ; c’est comme ça que Xavier Pujade-Lauraine est entré dans la dynamique. 

Infoloup : Vous comptez associer les habitants au tournage, comme à l’époque de « La Haine » ? 

J.M. : Bien sûr ! Nous avons pour projet de proposer aux habitants, et notamment aux jeunes, de découvrir les métiers de l’audiovisuel à l’occasion de ce tournage. Vous savez, grandir à Chanteloup m’a appris beaucoup de choses : réfléchir vite face à des situations compliquées, être capable de vivre avec des gens des quatre coins du monde… 

Je me suis servi de tout ça pour construire ma vie. Il me paraît donc assez juste de renvoyer l’ascenseur. Comme disait Kerry James : « on n’est pas condamnés à l’échec ».

Infoloup : La musique a toujours eu une grande place dans votre vie, aura-t-elle également une place particulière dans cette série?

J.M. : Pour les personnes de ma génération, la musique a toujours été le meilleur vecteur des SOS de la banlieue. Elle tiendra donc une place très importante dans Stone. Je suis un grand passionné de musiques urbaines ; pour moi, aucun autre médium dans le monde de l’art n’a mieux traduit le sentiment d’injustice que nous éprouvions dans les années 1990-2000. La musique racontait notre vie et c’est encore le cas aujourd’hui.

Infoloup : Vous avez été témoin du changement qui s’est opéré à Chanteloup. Comment décrivez-vous l’évolution de la ville depuis les années 70 ?

J.M. : Ma génération a été abreuvée de petites phrases du genre : « vous êtes les derniers et vous le resterez ». Nous étions orientés, professionnellement et scolairement, vers des voies de garage qui ne faisaient que nous conforter dans cette idée. Je pense que les choses ont bien évolué sur ce point. 

Quand je viens à Chanteloup aujourd’hui, je croise des gamins qui me disent, sans retenue ni complexe, qu’ils veulent devenir vétérinaires, chirurgiens ou procureurs. Je me dis que c’est gagné pour eux, que le boulot a été fait. Les habitants et l’équipe de la mairie ont réussi à inventer des solutions concrètes et c’est ce qui rend notre ville exemplaire.

Infoloup : Sur l’ensemble de votre carrière, de quoi êtes-vous le plus fier aujourd’hui ?

J.M. : D’avoir rendu ma mère fière, tout simplement. Lui permettre de pouvoir dire à ses copines que son fils travaille à la télévision. [rires]

 

 

 

 

 

 

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